WILD SIDE BLOG
Comme un goût de formatage…



Que se passe-t-il sur mon écran ? Dans ma salle ? Dans mon canapé ?
Qui sont ces gens qui se réunissent à heures fixes, à dates fixes pour retrouver des héros, des personnages qu’ils connaissent déjà par cœur ?
Assurance de la "séquelle" ? Personnages de série devenus plus proches que nos voisins de paliers ? Avons-nous tant que ça besoin d’être rassurés, d’être en pays de connaissance ? La curiosité est-elle un si vilain défaut qu’il ne faut plus qu’elle existe ?
J’ai pourtant toujours cru à sa vertu, comme moteur de la connaissance.
Mais qu’est-elle devenue ?

Le phénomène semble frapper toutes les strates de notre société pourtant si consumériste. Spectateurs, guides, conseillers… Le mal est profond. Les seuls lieux de curiosité cinématographiques seraient-ils devenus les festivals ? Parce que l’entrée est "gratuite" et réservée la plupart du temps à des gens dont les films sont l’outil de travail ? On observe pourtant ce phénomène sur différents médiums :
La photographie (le succès de la rétro Weegee, photographe dont l’intérêt de l’œuvre n’est plus à démontrer mais archi-vu)
La bande-dessinée (le manga et ses innombrables suites, la plupart des BD traditionnelles…)
La TV (les séries TV remplacent doucement mais sûrement les films "de cinéma" dans nos tubes plus si cathodiques…)
La politique (le style décontract’ et proche du peuple, au "parler vrai", se clone bien vite)
Avons-nous aujourd’hui si peur de l’inconnu qu’il ne faille plus se référer qu’au "connu" ? Ne doit-on voir plus loin que sa porte d’entrée fermée à double-tour ? L’Autre est-il devenu si effrayant ?

Est-ce que les frontières du monde se referment peu à peu sur nos cerveaux, mais aussi ceux de nos enfants ? Je n’ai pas les réponses à ces questions si ce n’est qu’elles me font éprouver une frustration immense qui me force à écrire ces quelques lignes. On ne peut nous vendre l’idée d’un monde sans frontières ou presque et dans le même temps accepter l’idée de ne pas voir au-delà de son paillasson. Quelque chose ne va pas. Perdre la curiosité c’est perdre la connaissance. Perdre la connaissance c’ est perdre la voix. Accepter de perdre la voix est rejeter l’idée de la transmission.

Accepterons-nous de laisser nos cerveaux s’atrophier et ceux de nos enfants ne pas atteindre leur taille adulte ?

Les jeux sont ouverts…
Nous n’avons jamais eu accès à tant de choses à la fois. Et n’en avons jamais aussi peu profité…

 
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Commentaires
1.   Anderton  ›  jeudi 23 août 2007 à 15:31

Post intéressant. Certes, le formatage n'est pas nouveau, y compris au cinéma (on a tous en tête des films à suite, même avant l'ère des blockbusters). Cela répond à l'uniformisation des sociétés. Dans une certaine mesure, la suite a un côté rassurant : on sait sur qui ou quoi on va tomber. Cette peur de l'inconnu est dommage pour la création. En même temps, quand la démarche n'est pas que commerciale, les suites sont aussi une façon de suivre l'évolution de personnages que l'on a aimé rencontrer, d'accompagner un auteur dans un univers qu'il fait évoluer... De Star Wars aux Parrains en passant par Mabuse.

 
2.   Jan-Nils  ›  jeudi 30 août 2007 à 12:53

Manu,

Ce que m'inspire ce phénomène, ce n'est pas la fin de la curiosité.
En tant que jeune père, j'y vois plutôt un effet feed-back ni bien ni mal. Un mouvement naturel.
Je vois ma fille de deux ans et demi se jeter de temps en temps dans mes bras, avant de repartir à l'assaut du monde. Un besoin de sécurité, avant de se replonger dans un bain d'inconnu, petite aventurière sans scrupule.

Par ailleurs :
nous ingérons tellement plus d'infos, jour après jour. Nous sommes stimulés par toutes les pubs, tous les nouveaux programmes : les gens dans la rue, la radio, les centaines de chaines télé, internet, les mails, les spams, les appels sur nos portables...
si on compare avec le monde de nos parents : radio : à peine quelques fréquences, ORTF : une seule chaine.
Avec combien de gens nos grands-parents étaient ils en contact dans toute leur vie ?
Moi-même, j'ai plus de mille noms dans mon carnet d'adresses.

Comment ne pas avoir envie de se recroqueviller sur soi, d'échapper à ce monde sur-stimulant ?
Et avons nous tous les capacités de faire le tri facilement dans toutes ces sollicitations ?
A qui répondre et qui envoyer chier ?
Quelle rencontre sera importante pour moi et qui laisser tomber ?
Quelle force morale faut il forger pour résister à toutes ces envies, ces besoins qui résonnent en nous, créés par ce monde sur-marketé ?

Alors oui, quand nous regardons le petit monde de l'audiovisuel, nous voyons le grand public se ruer sur des "valeurs sûres", des "valeurs refuges", tout simplement du "répétitif".
Le même besoin que ma fille de se rassurer avant de repartir à l'assaut du monde .

Voilà,

Jan-Nils

 
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